Affaire Chevry : le dossier porté devant l’Office de la Protection du Citoyen
L’affaire des perquisitions controversées au domicile du maire de Port-au-Prince, Ralph Youri Chevry, franchit une nouvelle étape institutionnelle. Après la saisine des tribunaux et des autorités judiciaires, le dossier est désormais officiellement soumis à l’Office de la Protection du Citoyen (OPC), renforçant la dimension nationale et institutionnelle de cette affaire aux implications sensibles pour les droits fondamentaux et l’État de droit en Haïti.
Le 28 janvier 2026, les avocats du maire ont adressé à l’OPC un mémoire explicatif détaillé, exposant ce qu’ils qualifient de perquisitions « illégales, arbitraires et répétées » menées par les forces de l’ordre au domicile de leur client. Ce recours vise à obtenir l’intervention du Protecteur du citoyen face à ce qui est présenté comme une violation grave des droits constitutionnels d’un élu en fonction .
Les faits remontent au 12 décembre 2025, lorsqu’une première descente policière est effectuée à l’aube par des agents de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), accompagnés du commissaire du gouvernement. Selon le dossier, l’opération s’est déroulée sans mandat, avec usage excessif de la force, destruction de biens et atteinte à l’intégrité du personnel de sécurité du maire. Du matériel est également saisi lors de cette intervention .
Face à cette situation, Ralph Youri Chevry alerte immédiatement les plus hautes autorités de l’État et engage une procédure judiciaire par citation directe. Le dossier est régulièrement enrôlé devant le tribunal de première instance le 22 décembre 2025, confirmant la prise en charge formelle de l’affaire par la justice haïtienne .
Malgré cette procédure en cours, une seconde perquisition est menée le 22 janvier 2026, toujours sans mandat selon la défense. Un juge de paix est appelé à dresser un procès-verbal de constat, document versé aux pièces et mentionné dans le mémoire adressé à l’OPC comme élément illustrant une récidive et un mépris des voies légales .
Dans leur requête, les avocats soulignent que ces actions violent plusieurs dispositions de la Constitution de 1987, notamment celles relatives à l’inviolabilité du domicile et à la liberté individuelle, ainsi que des articles précis du Code pénal. Ils rappellent également que le statut de grand fonctionnaire de l’État du maire impose des garanties procédurales spécifiques, qui auraient été ignorées par les autorités concernées .
La saisine de l’OPC vise désormais à obtenir une intervention institutionnelle indépendante, capable de formuler des recommandations, d’alerter les pouvoirs publics et de contribuer à la protection effective des droits du citoyen. Dans un contexte marqué par de fortes tensions sécuritaires et institutionnelles, ce recours est perçu par les proches du dossier comme un test majeur pour le rôle de l’OPC dans la défense des libertés publiques.
Alors que la justice nationale et les instances de protection des droits humains sont simultanément saisies, l’affaire Chevry s’impose progressivement comme un dossier emblématique des enjeux actuels liés à l’exercice du pouvoir, au contrôle de l’action policière et au respect des garanties constitutionnelles en Haïti.
